dimanche 15 janvier 2012

le Couscous de l'éclipse


De même qu'un accident de traduction a donné naissance au « Canard bolognaise », ainsi c'est l'éclipse totale de soleil du 11 août 1999 qui a involontairement (évidemment, les éclipses n'ont pas de volonté) donné naissance à la recette originale que je m'en vais vous présenter aujourd'hui.

Ingrédients

(pour 7 personnes)
2 à 3 tentes - 7 chaises pliables - 1 lampe de poche (facultative mais utile!) - 1 ou mieux 2 bombonnes de « camping-gaz » - 1 éclipse totale de soleil (facultative) - 1 kg de semoule moyenne - 1 gros poulet - légumes de saison, carottes, courgettes, tomates ...- 1 bouquet de coriandre, sel, poivre - Harissa (facultatif) - 2 cuillerées d'huile d'olive - pois-chiches (facultatifs) - une douzaines de glands - terreau de feuilles de chêne - araignées épeires ou faucheux (facultatif).


Préparation (2 heures)
Commencez par installer les tentes dans la forêt de Signy l'abbaye, vu que le camping municipal est overbooké, à chaque éclipse totale de soleil c'est la même histoire ! Disposez ensuite la couscoussière sur le brûleur du camping gaz. Éteignez ensuite le brûleur et retournez en ville chercher le coriandre et l'huile d'olive que vous avez oublié d'acheter.
Revenez au campement si vous le retrouvez (tous les chemins se ressemblent dans cette forêt). Fouillez la caisse de matériel pour en extraire la lampe de poche et une opinel. Découpez le poulet et faites le revenir dans la marmite avec un fond d'huile, découpez de même les légumes et jetez-les dans la marmite.
Stoppez la cuisson pour aller demander de l'eau aux voisins du campement. Ils n'ont hélas que de la bière, et encore, ils ont déjà vidé deux bacs de Jupiler et ont l'alcool dragueur et grossier. Prenez alors le bidon dans la voiture et retournez à l'entrée de Signy pour demander de l'eau à la station Total. Revenez au campement en vous orientant sur les chants grivois des voisins complétement pétés.

Cuisson (2 heures)

Allumez la lampe de poche, la nuit est tombée depuis longtemps et il fait plus noir que dans le cœur d'un huissier de justice. Rallumez le camping-gaz, ajoutez un litre d'eau aux légumes de la marmite pour faire le bouillon. Avec le reste d'eau, humidifiez légèrement la semoule et déposez-la dans la passoire (partie supérieure de la couscoussière). Utilisez un torchon (votre chemise fera l'affaire ) pour rendre étanche le joint entre la marmite et la passoire.
Si tout se passe bien, la vapeur du bouillon viendra mouiller et cuire la semoule dans la passoire. Laisser mijoter pendant une heure, en vous laissant bercer par les chansons à boire hollandaises ; mais ne vous endormez pas, il y a encore du boulot !
Avec une fourchette (les doigts si vous n'avez pas peur de vous brûler), décollez ensuite les grains de semoule qui ont fait des grumeaux. Hurlez si vous vous brûlez. Sinon, hurlez seulement lorsque vous renversez la marmite et son premier étage. Appelez à l'aide pour essayer de récupérer les légumes, le poulet et la semoule répandus dans la forêt obscure. Insistez (vainement, car il n'y a qu'une seule lampe de poche)) pour que l'on fasse bien la distinction entre ces ingrédients et l'humus (terre, feuilles, glands, bestioles) qui composent l'essentiel du terrain.

Service

Mettez le tout dans un plat et servez tel quel : vu l'heure avancée, les participants sont affamés et ils trouveront cela délicieux, surtout si vous réussissez à les convaincre qu'on a soigneusement éliminé toutes les saletés qui parsèment la forêt de Signy l'abbaye. Évitez de boire pour ne pas faire gonfler la semoule dans votre estomac ; de toutes façons, il n'y a plus d'eau et les Hollandais se sont écroulé après avoir épuisé la Jupiler.




vendredi 4 novembre 2011

L'agace-trop nomie

Pendant longtemps, la compagnie Air-France a eu à cœur de faire honneur à la réputation de la France en matière de gastronomie. Ces dernières années, la réduction des coûts imposée par la concurrence a complètement modifié le tableau. Témoin notre dernier voyage Roissy-Rio de Janeiro ...
Aussitôt installés sur nos sièges, on jette un coût d'œil sur la carte; rien d'extraordinaire, au choix poisson au four (à micro-onde bien sûr) ou tranche de rosbif dégelée tant bien que mal de la même façon. Classique sur les vols de la compagnie et donc sans surprise. Chacun déjà a arrêté ses préférences lorsque survient une annonce trilingue, français et anglais plus le portugais vu la destination du jour.
"Mesdames et Messieurs, à la suite d'une erreur dans les livraisons, nous ne sommes pas en mesure de vous servir le menu qui figure sur la carte. Veuillez nous excuser pour cet incident et opter désormais, soit pour du poulet aux légumes soit pour des pâtes à la bolognaise".
Je vous fais grâce de la version anglaise pour passer directement au portugais "Senhoras et Senhores, bla bla bla ... vão poder escolher um frango com legume ou um pato à bolonhese ". Je jette un coup d'œil ahuri à ma compagne et nous éclatons de rire en même temps que quelques passagers attentifs et bilingues.
Si vous connaissez le portugais (ou l'espagnol), vous avez déjà compris qu'en portugais on nous propose du canard (pato) et non des pâtes (massa). Bien entendu, je ne résiste pas à la tentation perverse de réclamer du canard lorsque la cantine arrive (enfin) pour nous servir. L'hôtesse m'apprend alors que non-seulement il n'y a jamais eu de canard (je m'en doutais un peu) mais aussi qu'ils ont épuisé la réserve de poulets et même les pâtes.
Il ne reste plus qu'une barquette en aluminium au contenu mystérieux - puisque la livraison de cuisine ne correspond pas aux plats prévus. La barquette porte l’inscription "ANZO", le mystère s'épaissit, un conciliabule à trois (l'hôtesse, ma compagne et moi-même) n'arrive même pas à déterminer si ANZO est une marque commerciale ou un mot d'une langue ougaro-altaïque non encore répertoriée.
L'hôtesse enlève donc le couvercle en carton pour jeter un coup d'œil et de nez dans la barquette et son verdict est implacable :  "je ne sais pas ce que c'est". Je l'examine à mon tour (la barquette, pas l'hôtesse) : c'est une chose blanchâtre granulée qui semble être mélangée avec des morceaux d'un blanc plus cassé et ne dégage aucune odeur - faut-il s'en réjouir ? "en tout cas, ce n'est pas du canard" persévéré-je.
Faute d'autre choix, j'accepte le plat en me disant que j'en saurai plus après y avoir goûté, ce en quoi j'ai tort. J'avale la moitié de la barquette, mais l'énigme reste entière et, quand l'hôtesse revient "alors, c'était quoi ?" je suis contraint d'avouer mon ignorance.

Heureusement, pour me consoler, elle m'a apporté du Canard ...Duchêne. Un excellent Champagne, ma foi !