mercredi 6 juillet 2011

Boulanger-patatra



Chaque année je passe quelques jours à Ostende, Oostende en V.O. Chaque matin alors, je descends la Louizalaan pour aller acheter le journal et les "couques" du petit déjeuner. Bien entendu, je me fais un devoir de parler aux commerçants indigènes (et pas indignes) dans la langue du cru, c'est à dire le Algemeen beschaafd Nederlands ABN.


Malheureusement, le fait de sortir directement du lit, sans passer par la case "café", ne garantit pas un fonctionnement optimal de mon cerveau lent à démarrer le matin. Témoin ma boulangère du lundi, à laquelle je m'adresse en ces termes ...
- Dag mevrouw, één kapstok AUB [bonjour, madame, un porte-manteau SVP]
Devant son air ahuri, je corrige rapidement
- OOi sorry, ik bedoel één boodschap [pardon, je voulais dire un message]
- Nee, een stockbrood [non, une baguette], ik ben nog niet wakker [je suis pas encore réveillé].
Je crois que j'ai rougi et je suis sorti avec la baguette entre les jambes.

Par chance, ma boulangère n°1 est fermée le mardi, j'en profite pour tenter ma chance chez une autre, quelques maisons plus loin. Ayant soigneusement répété mon texte, je n'ai plus de problème linguistique ...
- Dag Mevrouw, één stockbrood AUB.
- Ja Mijnheer, een witte of 'ne bruine ? [Bien Monsieur, une blanche ou une brune ?]
- Een bruine van diegene op de tweede rek [Une de ces brunes sur la deuxième étagère] .
Est-ce mon accent qui m'a trahi, ou bien ma naïveté ? En tout cas la patronne me répond dans un français correct :
- Non, Monsieur, ça c'est un miroir !
Et pour ma plus grande confusion elle ajoute :
- Ça arrive tout le temps vous savez ...

N'empêche, je crois que je vais me mettre aux corn-flakes.

samedi 27 novembre 2010

Des cafards dans les puces


Un jeune homme entre dans le magasin d'informatique :
- J'ai vu votre collègue hier, elle m'a dit que je pourrais mettre mon ordinateur en réparation; il est encore sous garantie.
- Vous avez le bon de vente ?
- Non, je ne l'ai pas trouvé, c'est la bagunça à la maison, mais vous pourrez sûrement le trouver dans votre ordinateur.
- Hélas, notre programme est encore en phase de test (il l'est depuis 6 ans en réalité), il n'y a pas de moteur de recherche; je peux essayer de trouver votre nom dans la liste des 2000 clients enregistrés.
- Je m'appelle Batista da Silva ... (nom d'emprunt, d'ailleurs tout est à crédit au Brésil)
- , você é Brasileiro, né ?
- Você fala um pouco português ?
- Para falar a verdade, estou falando albanês com um sotaque tão ruim que você até pensou que era português ... ka ka ka
(note de l'auteur, qui est aussi le vendeur en l'espèce : ka ka ka est la façon branchée de rire en portugais)
Arrivé au n° 1724 de la liste, je trouve enfin le client et constate qu'en effet il a acheté son ordinateur il y a 6 mois à peine.
- Qu'est-il arrivé à votre machine ?
- L'alimentation a brûlé ("queimou"), il y avait même des flammes qui s'échappaient de l'arrière.
Ici, j'avoue que je reste un peu sceptique (comme une fosse) et je mets ces flammes sur le compte d'une exubérance bien trop picale.
- Et vous avez des documents que vous souhaitez conserver ?
- fotos e músicas que quero guardar !
(je vous fais pas l'injure de traduire, le portugais écrit c'est facile de chez fácil)
- Então, vamos fazer o seguinte : on va retirer votre disque dur et le placer sur un autre pc identique, de cette façon Windows n'y verra que du feu (il aura raison d'ailleurs, puisque ça a brûlé) et vous retrouverez toutes vos petites images, vos chansons et même vos programmes favoris.
- E quanto tempo vai demorar isso ?
- Moins de 20 minutes normalement.
L'acheteur rassuré s'en va faire des courses en promettant de revenir dans quelques heures pour retirer son lot.

Nous allons donc pécher dans la réserve un modèle identique à l'ordinateur sinistré. Louis se charge de l'ouvrir et de retirer le disque dur qui ira rejoindre les autres sur l'étagère, en attente d'une réaffectation (au cas où un client brûlerait son disque dur).
Ensuite il ouvre le pc du brésilien et pousse un hurlement de terreur qui me fait accourir et contempler un spectacle répugnant : là à l'intérieur du pc sinistré, au milieu des barrettes-ram, des condensateurs et autres puces électroniques, une nuée de cafard s'éparpillent, fuyant le bloc d'alimentation comme une armée de fourmis quittant la fourmilière dans laquelle on aurait donné un coup de pied. Il y en a des centaines, sans compter les oeufs. Quelques uns ne bougent pas, le client avait raison : des insectes ont flambé en provoquant le court-circuit ...
Avec des pincettes, nous extrayons le disque dur puis nous expulsons le nid de cafard sur le trottoir : il fait froid, cela calmera sûrement les cafards qui, s'ils sont censés survivre à un apocalypse nucléaire, sont cependant sensibles au gel. Solution toute provisoire : un pc sur le trottoir, surtout s'il dégurgite des cafards, n'incite pas le chaland à entrer dans le magasin ! On improvise donc un caisson d'isolation avec un sac-poubelle résistant, fermé par un lien bien serré puis scotché avec du gros ruban adhésif. Peu de temps après, le paquet était en route vers l'incinérateur. Ouf !

Le client en a été quitte pour une grosse engueulade, on lui a expliqué que cafards ("baratas" hiiiiiiiiiiiii !!!) et puces ne faisaient pas bon ménage, bien que les répugnantes bestioles adorent la chaleur moite dégagée par les blocs d'alimentation, dans lesquels ils pénètrent sans
problème grâce aux fentes de ventilation.

C'était la semaine dernière, aujourd'hui Louis s'est remis du choc et la routine a repris son cours.
Mais, que fait donc ce cafard dans les toilettes du magasin ?