mardi 3 juillet 2007

La rentrée des moules


Quand j'étais dans mon petit lit blanc ma maman susurrait en me berçant «laisse tes mains au dessus des couvertures et ne mange pas de moules les mois sans "R"». Si j'ai quelque peu par la suite négligé son premier conseil, je n'ai, jamais, par contre oublié le second. Car, en Belgique, les moules sont sacrées, en particulier accompagnées de frites; et ces moules sont taboues pendant le quadrimestre d'été : mai, juin, juillet, août, les fameux mois sans "R".
Jusqu'au jour où ...
Ce matin donc je découvre avec stupéfaction et horreur un dépliant publicitaire de Carrefour proclamant «La saison des moules commence» ... Quand ? Le 4 jurillet ? Dréjà ? N'est-ce pas plutôt l'Independrance Dray ? Encore un coup de Al Gore et de son réchauffement climatique !
Certes, cela fait quelques année que nous voyions des cerises en mai, les chicons en octobre et Noël en novembre. Mais les mouilles en julet, pardon, j'en bafouille, là, les mytiliculteurs ne manquent pas d'"R" ! De toute éternité la rentrée des moules a coïncidé avec la rentrée des classes, certains instituteurs allant même jusqu'à accueillir leurs élèves au son de "Silence, bande de moules !"
S'il est vrai que ces dernières années, les producteurs de Zélande étaient un peu sortis du moule en proposant des variétés hâtives avec quelques jours d'avance sur le calendrier orthodoxe, la majorité des moules continuait néanmoins à couler des journées estivales heureuses avec leurs rejetons. Désormais, ceux-ci, accélérés à coup de vitamines et hormones de croissance, deviennent adultes en deux mois.
Et le goût dans tout cela ? J'ai des doutes. Ma sœur a récemment achetés de ces moules hors saison, qui s'étaient révélées immangeables. Quand elle s'en est plainte au commerçant, celui-ci lui a répondu (sic) «Quelle idée d'acheter des moules au mois de juin !» «Mais alors, pourquoi en vendez-vous en magasin ?» «Parce qu'il y a des imbéciles qui en achètent ...»
Encore un qui ne manque pas d'R !!

jeudi 17 mai 2007

lettre de mon moulin

Le café, avant de l'avoir bu, je l'avais déjà moulu.
Dès mes 5 ans, à un âge où les filles découvraient les charmes et mystères de la vaisselle, de la lessive, de la couture, de la cuisine, du repassage, de l'essorage, du nettoyage ..., à cet âge donc les garçons étaient initiés à une tâche virile s'il en est : moudre le café.
En ces temps lointains, la mouture du café était un vrai travail de force, qui s'effectuait avec un moulin à café (eh oui) ma-nu-el !! C'était un petit cube de bois surmonté d'une coupole ouvrante dans laquelle on mettait les grains de café.
Au sommet trônait la fameuse manivelle et la poudre de café - quand tout se passait normalement - était extraite d'un petit tiroir.
Le plus difficile était le démarrage, lorsque les grains étaient encore intacts et durs, parfois il fallait faire appel à l'un des frères, mais, généralement, nous répugnions à nous humilier de la sorte. Cette première étape passée, nos petites mains moulinaient de plus en plus vite jusqu'à ce que nous ne rencontrions plus aucune résistance. On faisait alors religieusement l'offrande du tiroir de poudre à notre père, lequel était en charge d'instiller le breuvage qu'il consommait sans mesure. Comme la plupart des Wallons.
Un beau jour des années 60, ce privilège de mâle a pris fin (comme bien d'autres) lorsque entra dans la maison une invention révolutionnaire : le moulin à café électrique (ou plus exactement, le moulin électrique à café) Moulinex. Après l'avoir branché sur une prise de courant, on appuyait sur un petit bouton rond et 30 seconde plus tard, la poudre était prête. Sauf qu'on avait oublié de visser à fond le couvercle, auquel cas on pouvait heureusement faire appel à une autre invention révolutionnaire, l'aspirateur, pour nettoyer la maison.
À la fin des années 90, le mouvement d'émancipation s'est étendu aux appareils électriques eux-mêmes, qui ont progressivement perdu leurs fils : d'abord il y eut le transistor puis l'aspirateur de table est apparu, le rasoir-électrique-de-voyage, le téléphone mobile, l'ordinateur portable. Pourquoi pas, bientôt, un moulin sur piles rechargeables ?
Rechargeable, oui, mais comment ? Avec une autre prise électrique ? L'avenir du "sans fil" est-il dans le chargeur à fil ? Non ! Trois fois non ! L'ingéniosité de nos inventeurs n'ayant pas de limites j'ai le plaisir de vous annoncer - si vous ne le saviez déjà - l'apparition de chargeurs sans fil. Une simple manivelle suffit à produire l'électricité nécessaire pour régénérer piles et batteries de toutes sortes.
J'imagine déjà l'aspect du chargeur de batterie pour moulins sans fils ... Évidemment, il faudra un homme (ou un garçon) pour faire tourner la machine. C'est ce qu'on appelle un
«retour de manivelle»
...